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Carnets d'un païen - Page 6

  • L'antisémitisme, son histoire et ses causes, de Bernard Lazarre

    Bernard Lazarre, l'antisémitisme son histoire et ses causes, Drumont, Dreyfus, racisme

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Etrange destin que celui du livre de Bernard Lazarre (écrivain d’origine juive, qui fut le premier à défendre Dreyfus) intitulé L’antisémitisme, son histoire et ses causes. Ecrit en réponse à Edouard Drumont (fameux antisémite catholique auquel on a dédié récemment un livre et un film ; curieuse médiatisation, qui contraste avec l’oubli généralisé dans lequel on tient soigneusement Bernard Lazarre, on se demande bien pourquoi) ce livre n’a guère été réédité, et lorsqu’il l’a été, ce fut presque toujours dans des librairies connotées d’extrême droite. Allez comprendre pourquoi…

    Sans résumer le contenu du livre, très compréhensible d’après le titre, et tout en regrettant que la question de l’antijudaïsme antique n’ait pas été mieux traitée (c’est toujours la même chose avec les livres qui couvrent un phénomène de l’antiquité à nos jours, l’antiquité est réduite à la portion congrue…) je vous laisse découvrir ces extraits issus de l’introduction et du premier chapitre.

     

    « Je n'approuve pas l'antisémitisme, c'est une conception étroite, médiocre et incomplète, mais j'ai tenté de l'expliquer. Il n'était pas né sans causes, j'ai cherché ces causes. Ai-je réussi à les déterminer? C'est à ceux qui liront ces pages d'en décider. Il m'a semblé qu'une opinion aussi universelle que l'antisémitisme, ayant fleuri dans tous les lieux et dans tous les temps, avant l'ère chrétienne et après, à Alexandrie, à Rome et à Antioche, en Arabie et en Perse, dans l'Europe du Moyen Âge et dans l'Europe moderne, en un mot, dans toutes les parties du monde où il y a eu et où il y a des Juifs, il m'a semblé qu'une telle opinion ne pouvait être le résultat d'une fantaisie et d'un caprice perpétuel, et qu'il devait y avoir à son éclosion et à sa permanence des raisons profondes et sérieuses. »

     

    « Si l'on veut faire une histoire complète de l'antisémitisme -- en n'oubliant aucune des manifestations de ce sentiment, en en suivant les phases diverses et les modifications -- il faut entreprendre l'histoire d'Israël depuis sa dispersion, ou, pour mieux dire, depuis les temps de son expansion hors du territoire de la Palestine. Partout où les Juifs, cessant d'être une nation prête à défendre sa liberté et son indépendance, se sont établis, partout s'est développé l'antisémitisme ou plutôt l'antijudaïsme, car antisémitisme est un mot mal choisi, qui n'a eu sa raison d'être que de notre temps, quand on a voulu élargir cette lutte du Juif et des peuples chrétiens, et lui donner une philosophie en même temps qu'une raison plus métaphysique que matérielle. Si cette hostilité, cette répugnance même, ne s'étaient exercées vis-à-vis des juifs qu'en un temps et en un pays, il serait facile de démêler les causes restreintes de ces colères ; mais cette race a été, au contraire, en butte à la haine de tous les peuples au milieu desquels elle s'est établie. Il faut donc, puisque les ennemis des Juifs appartenaient aux races les plus diverses, qu'ils vivaient dans des contrées fort éloignées les unes des autres, qu'ils étaient régis par des lois différentes, gouvernés par des principes opposés, qu'ils n'avaient ni les mêmes mœurs, ni les mêmes coutumes, qu'ils étaient animés d'esprits dissemblables ne leur permettant pas de juger également de toutes choses, il faut donc que les causes générales de l'antisémitisme aient toujours résidé en Israël même et non chez ceux qui le combattirent. »

     

  • Le pape françois à Lampedusa

    pape françois, lampedusa, immigration, italie, christianisme, capitalisme, appat du gain, Marx

    François 1er (le pape, pas l’autre) est passé à Lampedusa récemment. Pas en tant que réfugié, rassurez-vous ! Il nous a joué une belle comédie socialote en moralisant ses brebis sur l’affaire des pauvres africains venus de loin. Il a dénoncé le culte du bien être et l’indifférence. C’est vrai que d’un point de vue chrétien, risquer sa vie (sacrée aux yeux de Dieu parait-il), juste pour vivre plus richement, c’est pas joli joli. Placer ses espoirs dans une vie meilleure (belle maison, belle bagnole, bonniche et cie, tout l’idéal du capitalisme quoi), sur cette terre, sans attendre l’au-delà, c’est pas super orthodoxe non plus. Mais où va-t-on, je vous le demande ? Ô tempora ô mores, j’en passe et des meilleures ! V’la pas que le pape passe l’arme à gauche ! Il est devenu communiste ou quoi ? Fin remarquez, il s’adresse aussi aux damnés de la terre. Au moins un point commun avec Marx. Ça marche à tous les coups ce truc là.

    Les chrétiens de la belle époque, ils partaient à l’aventure en terre sainte après avoir hypothéqué leurs biens. Mais si, les croisades merde, me dites pas que vous n’avez pas vu ça à l’école. Ils ont supprimé Napoléon du programme ou quoi ? Ah ok, pardon. Enfin, avouez que ça a plus de gueule de risquer tout ce qu’on a pour défendre son idéal les armes à la main, plutôt que de donner 1000 balles à la mafia pour devenir pizzaiolo à Nantes ou à Marseille. Chaque époque a les idéaux qu’elle mérite, pas vrai ?

     

  • A quoi joue l'occident ? (2)

    Fabius,Syrie,armes chimiques

    L’Amérique et ses laquais l’ont décidé : le régime syrien doit tomber. Nos politiques, si passionnés d’histoire contemporaine flagellatoire ont-ils déjà oublié les leçons toutes récentes de l’histoire ? Mais si rappelez-vous, les talibans, que nos amis ricains armaient à l’époque ! La guerre libyenne, qui a livré un pays entier au chaos…Ah non, pardon, deux pays (saluons au passage notre président, qui a si bien nettoyé au Mali la merde de son prédécesseur).

    A tout prendre, au fait, qu’est-ce qui nous menace le plus ? Un régime autoritaire qui ne dérange personne, à part une partie de son peuple, la Turquie et Israel, ou le djihadisme international soutenu par les états du Golfe ?

    Nonobstant tout cela, nos diligents gouvernants se sont empressés de rompre l’alliance ancienne de la France avec la Syrie, d’oublier le soutien traditionnel apporté aux alaouites, pour se fourvoyer ridiculement. La ligne rouge est franchie cette fois ! ça y est ! Une enquête indépendante de l’ONU dit que rien ne prouve l’utilisation d’armes chimiques. Il est évident que le régime syrien n’a aucun intérêt à utiliser des armes de ce genre, alors qu’il a déjà une supériorité technologique écrasante. Mais qu’importe, nos débilos tiennent absolument à assurer le triomphe de l’islamisme, pour le plus grand plaisir de nos maîtres et seigneurs. Les médias aux ordres relayent abondamment cette propagande stalinienne, sans aucun discernement.

    Triste spectacle que cette France complètement myope quant à ses intérêts géopolitiques. Incapable d’assimiler les leçons d’une histoire toute récente. Ridiculement asservie aux intérêts de nations étrangères qui la manipulent comme un pantin. Et réduite, in fine, à jouer les Colin Powell.

     

    Edit: un article excellent sur la désinformation actuelle à ce sujet:

    http://www.mondialisation.ca/la-syrie-et-la-guerre-de-linformation-le-syndrome-irakien/5338616

     

  • Les chants de la pluie et du soleil d'Hugues Rebell

    Chants de la pluie et du soleil, Hugues Rebell, poésie

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Lorsqu’on parle de poème en prose, on a l’habitude de se limiter à Baudelaire, pour ensuite passer directement aux scribouillards modernes. Comme, sauf exception, on ne peut guère compter sur les profs de collège pour ouvrir des horizons originaux, votre serviteur va s’en charger.

    Hugues Rebell (1867-1905) est souvent considéré comme un auteur érotique (encore une réduction, tiens), mais il a également signé un recueil de « poèmes en prose » particulièrement brillant (récemment réédité aux éditions La part commune). Servi par une écriture à la fois limpide et foisonnante, brutale et raffinée, ce livre regorge d’idées, de critiques. Une véritable mine d’or. Plaidoyer pour la vie, la pensée et l’art ; critique de tout ce qui, selon l’auteur, s’oppose à eux. Textes romantiques, politiques, philosophiques, narratifs. Un monument du genre, à coté duquel on passe trop souvent, et qui a de quoi « rendre voyants même les aveugles ». A redécouvrir d’urgence !

    Une de mes pages préférées:

    XIX

    Ô poètes, mes frères, je crains pour vous.

    Vous ressemblez à des voyageurs qui s'en vont portant des trésors à travers la forêt; ceux-ci contemplent les ciselures du coffret qu'ils ont à la main, tandis que leurs compagnons regardent les arbres ou le ciel : nul ne songe aux voleurs.

    J'en vois bien qui se croient plus éclairés et plus prudents et qui, allant au-devant des bandits, leur ont offert une partie de leurs richesses pour qu'ils les protègent ; mais ceux-là sont encore plus fous que les autres.

    Ô poètes, mes frères, je vous le dis : Vous serez tous égorgés.

    Parce que nul ne se défie, parce que nul ne sait prendre un couteau, que nul n'a la force de frapper ceux qui l'attaquent.

    Et pourtant cela est beau de défendre son rêve ; vous parliez hier des antinomies de la pensée et de l'action, vous ne saviez pas ce que vous deviez faire : Eh bien, la voilà votre tâche !

    Les Barbares sont là. Près de vous ; dans leur colère imbécile ils vont renouveler les grands crimes de l'Histoire : ils brûleront les bibliothèques, ils mutileront et briseront les statues.

    Ils frappent tous ceux de leurs ennemis qu'ils peuvent faire prisonniers, surtout les nobles, surtout les forts, surtout les beaux.

    Pour moi, dès maintenant j'ai mes armes prêtes : je saurai combattre et mourir pour la Beauté.

     

    Le lien du texte en ligne (je vous conseille la version pdf pour éviter les fautes de frappe)

    http://archive.org/details/chantsdelapluie00rebe

     

  • Le salut: une vieille soupe qui fait toujours recette

    Panoramix Astérix potion magique

     

     

     

     

     

     

     

    Depuis des millénaires, des sectes (au sens large et non péjoratif du mot), avec plus ou moins de succès, promettent aux gogos d’être « sauvés », à condition de croire à ci ou ça, et de verser le denier de l’Eglise, bien entendu. Contrairement à ce qu’on imagine communément, ces fables n’ont pas commencé avec le christianisme, mais existaient déjà des siècles auparavant, avec ce qu’on appelle communément des « dieux sauveurs », les « cultes à mystères », ou plus généralement « les cultes orientaux », car toutes ces bêtises viennent souvent de l’est, il faut bien l’avouer. La faute à un soleil trop persistant ? Laissons aux plus sages que nous le soin de l’éclaircir.

    Toujours est-il  que les dieux sauveurs ont du succès depuis un bon bout de temps, et que les manifestations modernes de ce phénomène ne sont jamais  que la version la plus aboutie de cette soupe spirituelle. Dans l’Athènes classique déjà, ça faisait un tabac parmi le bas peuple, les ignorants, les malheureux, les illettrés, exactement comme  certains cultes actuellement dans le tiers-monde et les banlieues pauvres des pays riches.

    On aurait du mal à lister les dieux sauveurs que l’histoire a connus (Nietzsche, dans une page lumineuse, appelle cela le « christianisme latent », et rappelle judicieusement que la religion contre laquelle Epicure et Lucrèce vitupéraient, c’était cela, bien davantage que les cultes traditionnels). A chaque fois, qu’il s’agisse d’Attis, d’Adonis, de Mithra ou d’un autre, c’est plus ou moins la même fable d’un dieu venu aider les hommes, et qui les a sauvés. Sauvés de quoi, on se le demande, car à ce que je sache, les adeptes de ces cultes ne sont préservés d’aucun des maux qui accablent les autres hommes : maladie, accidents, vieillesse, mort plus ou moins violente. Qu’on me cite en quoi la vie des hommes est meilleure depuis les années 30 (de notre ère, j’entends), ou depuis la venue de je ne sais quel autre «dieu sauveur ».

    Mais attends Cléoménès, t’as rien compris ! Le salut, le paradis éternel, les pucelles en rab et tout le tralala, ça va venir A-PRES ! En attendant faut être sage. Pas dépasser les bornes. Faire ce qu'on te dit. Et donner 10 balles le dimanche à la paroisse (ou 10/100 de son salaire chez les plus exigeants).

    Je ne voudrais pas paraître néo-pyrrhonien aux entournures, mais tout de même, ça sent l’entourloupe… On promet monts et merveilles, mais c’est invérifiable. Et ce qu’on nous demande de mettre en jeu dans cette affaire, ce n’est rien de moins que notre vie. L’arnaque est géniale puisque la rémunération qu’on vous promet, ça se passe post mortem et que par conséquent, le mensonge ne peut pas être prouvé.

    Résumons donc : des dieux sauveurs qui n’ont rien sauvé du tout, mais qui vous promettent d’être sauvé dans le futur, à condition de marcher droit. Il fallait y penser.