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Carnets d'un païen

  • Le catholicisme est un gauchisme

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    S’il est un malentendu à dissiper d’urgence dans ce pays, c’est l’idée selon laquelle le catholicisme serait de droite. Qu’il serait le rempart des valeurs traditionnelles, j’en passe et des meilleures. A vrai dire, depuis qu’on a un pape probablement athée, à coup sûr d’extrême gauche, et qui appelle tous les jours à l’invasion de l’Europe par le tiers monde, toute démonstration est inutile. Je me plais d’ailleurs désormais à envoyer la photo qui sert d’illustration à cet article pour toute réponse à tous ceux qui osent me faire l’apologie de cette horrible église communiste.

    Mais le catholique moyen est du genre tenace. L’un d’eux me prétendait l’autre jour que ce pape n’était pas représentatif. Qu’au fond il ne représenterait que lui-même. C’est évidemment une énormité, car si ce gauchiste qui lèche goulument les godasses de tous les Africains qui passent à sa portée a été élu, c’est bien parce que la majorité des cardinaux sont acquis à sa cause. Et la majorité du clergé tout court, car ce ne sont tout de même pas des dissidents qui sont nommés cardinaux, que je sache. Il suffit d’ailleurs de zapper le dimanche sur n’importe quelle messe pour entendre inévitablement un couplet sur les malheureux migrants et autres damnés de la terre à aider d’urgence, et dont l’importation massive en Europe est le premier devoir de tout bon chrétien. J’ai même entendu parler d’un curé qui prétendait que nos ancêtres étaient esclaves en Egypte, et que par conséquent, nous étions d’anciens migrants. Pour ma part, quitte à baser ma pensée sur des histoires farfelues du Proche-Orient ancien, je me sentirai plus proche des Cananéens, ces gens qui n’avaient rien demandé à personne, et se sont fait emmerder par des gugusses qui se croyaient tout permis dans un pays qui n’était pas le leur. Bref. Il faut la mauvaise foi la plus totale, ou l’aveuglement le plus extrême pour ne pas voir que ce discours n’a rien de patriotique, et qu’il relève du socialo-communisme en phase terminale.

    Et cela ne date pas d’hier : enfant, scolarisé dans une école catholique plutôt petzouille à Marc-en-Baroeul, je me souviens d’interminables sermons sur la famine en Afrique, ou sur la méchanceté des Serbes de Milosevic, si justement bombardés par l’OTAN. Chaque année, nous avions même droit à un truc nommé « opération bol de riz », qui consistait, tenez-vous bien, à bouffer un bol de riz blanc à la place du repas normal de la cantine, et à reverser la différence au profit des sempiternels affamés, qui n’arrivent pas à manger à leur faim parce qu’on les a colonisés il y a deux ou trois siècles. Une rapide recherche google m’a d’ailleurs appris que cette pitrerie humanitaire ostentatoire était répandue dans d’autres établissements partout en France. Des gosses de riches qui se goinfrent de carambars à longueur de journée, qui vont en vacances au bout du monde et se moquent des autres s’ils n’ont pas de vêtements de marque s’achètent une bonne conscience en se privant du repas de midi pour reverser 50 centimes à des pays que nous inondons de fric depuis des décennies, en pure perte. Toute la connerie et l’hypocrisie gauchiste résumée en 30 secondes. Que ces gens gagnent 5000 euros par mois et votent LR à longueur d’élection n’y change rien : ils sont gauchistes jusqu’à la moelle.

    Reculant sur une troisième ligne de défense, notre catholique patriote ira nous dire que ça foire depuis Vatican II. Qu’avant ça n’était pas comme ça. Il suffit hélas de lire les écrits des premiers chrétiens comme saint Paul pour constater que ces gens étaient, comme le disait Cioran, des cocos de l’antiquité. Les riches sont des méchants, le monde actuel est mauvais, les grands hommes c’est des vilains, le passé n’est que ténèbres, et la culture classique ça ne casse pas des briques. Le tout écrit dans un grec dégueulasse de zadiste sous-éduqué. Mis à part le coté coincé du cul, tout y est de A à Z.

    Ce que ne comprennent pas, au fond, les cathos tendance Figaro/Valeurs actuelles, faute de s’être intéressés sérieusement à l’antiquité, c’est que le christianisme, à la base, n’est absolument pas traditionnaliste ni conservateur, et encore moins identitaire, tout au contraire. C’est avec le temps, notamment après avoir phagocyté l’Empire romain, que l’Eglise a commencé à mettre de l’eau dans son mauvais vin, jusqu’à pouvoir paraitre de droite de nos jours. Mais les enseignements fondamentaux du christianisme sont profondément de gauche. Egalité de tous les hommes. Hostilité à l’égard des riches et des puissants. Méfiance vis-à-vis de toute excellence, de tout élitisme, dans le domaine intellectuel ou physique. Vision globalement négative du passé. Moralisme permanent. Manichéisme systématique. Culpabilisation incessante. Etc, etc. La seule vraie divergence par rapport au gauchisme contemporain, c’est le rapport au corps et à la sexualité. En admettant qu’un puritanisme maladif vaille mieux que les tendances pipi-caca-préservatif-ivg, ce dont je ne suis pas tout à fait sûr. Ce ne sont, en réalité, que les deux facettes d’une même médaille, signe d’un rapport problématique au sexe et au corps, à des années-lumière du naturel antique.

    J’irai plus loin : non seulement le christianisme est de gauche, mais c’est précisément lui qui a rendu le monde de gauche. Pour ne prendre qu’un exemple, les Romains de Caton ou les Grecs de Périclès n’avaient que faire de la misère du monde. Ils songeaient à la grandeur de leur famille, de leur cité, voire de leur civilisation et laissaient les gens moins doués qu’eux se débrouiller avec leurs problèmes. On a noirci des milliers de pages pour dire à quel point cette manière de penser était égoïste, étroite, inférieure à la façon moderne, chrétienne de voir le monde. Les x milliards d’Euros dépensés par l’Europe depuis des décennies pour aider des pays en développement qui ne se développent toujours pas valent mieux que tous les longs discours, et suffisent à démontrer l’inanité de cet humanitarisme dégoulinant de bonnes intentions. Tous ces puits creusés qui s’écroulent six mois après, ces sacs de riz distribués par milliers de tonnes, n’ont pour seul effet tangible que de donner bonne conscience à des bobos en manque d’auréole, et de les aider à mieux dormir la nuit. Nous balançons dans le vide je ne sais combien de programmes Apollo depuis des années, avec comme seul horizon une sorte de parousie matérialiste mondiale qui n’arrivera jamais. Pour ma part, je me moque fort du bien être des gens du continent d’à côté. Ils ne se préoccupent d’ailleurs pas du mien (qu’on pense seulement à ces gens qui, par plaisir de bouffer des animaux sauvages dégueulasses, nous refilent des épidémies depuis des siècles…).

    De même, on se préoccupe depuis des années des élèves en difficulté sans jamais réussir à en faire des ingénieurs ou des philologues. Il faut lire à ce sujet l’inénarrable Daniel Pennac, référence de tant de pédagogues : il explique que le premier de la classe sait se débrouiller tout seul, qu’il n’a pas vraiment besoin du professeur. Au contraire ce sont les gagas qui ont besoin d’être accompagnés, soutenus, assistés. C’est comme si l’on expliquait à un entraineur de se concentrer sur les sous-doués, et de laisser courir les autres tout seuls. Avec de pareilles méthodes, il va sans dire qu’on n’aurait jamais formé de coureur valable. Car, bien évidemment, ce sont les gens les plus brillants qui ont le plus besoin de conseils, afin d’atteindre l’excellence, et certainement pas les neuneus, qui de toute manière n’arriveront jamais à grand-chose. Cette prédilection, dans tous les domaines, pour ce qui est faible, raté, imparfait, défaillant, est dans l’ADN même de la gauche. Et c’est un héritage en droite ligne de la doctrine prônée par l’Eglise, comme Nietzsche le constatait déjà. C’est aussi l’exact contraire de la vision grecque du monde, basée sur l’élitisme, la saine émulation, et l’exaltation des meilleurs. Le résultat de ces bêtises, à l’école comme ailleurs, est connu : un effondrement total de notre système d’éducation, jusqu’aux professeurs eux-mêmes, dont le niveau actuel est absolument consternant.

    Je sais très bien qu’au fond, les hommes ne voient que ce qu’ils ont envie de voir. Des générations de gens vont donc pouvoir continuer à s’imaginer patriotes, de droite, voire nationalistes ou tout ce que vous voulez, tout en souscrivant à toutes les bases idéologiques les plus crapoteuses de la gauche. On ne se refait pas. On ne refera pas l’humanité. Mais il y a quand même de quoi se tirer une balle. Ou se marrer, selon votre humeur du jour.

  • Thulé, le soleil retrouvé des Hyperboréens, de Jean Mabire

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    Après la wicca, les pseudo-chamans, et toutes les conneries prétendument païennes dont le monde contemporain est rempli, plus rien ne saurait m’étonner. La lecture de Jean Mabire, pourtant, a presque réussi ce tour de force. Je m’étais promis depuis longtemps de lire son livre consacré à la société Thulé, car le bougre est l’un des rares francophones à aborder le sujet passionnant des résurgences païennes en Europe au début du 20ème siècle. Et en un sens, je n'ai pas été déçu.

    Tout d’abord la forme. Jamais je n’ai vu une grandiloquence aussi facile et aussi permanente. N’étant pas de gauche, je n’ai rien contre les adjectifs, et le style dépouillé d’Albert Camus me fiche la nausée. Mais quand même, est-il bien raisonnable qu’une phrase de vingt mots colle un adjectif à chacun de ses cinq noms communs ? A moins d’avoir une intention satyrique ou humoristique, c’est évidemment surchargé. On croirait voir la rédaction d’un gamin qui a trop lu Théophile Gautier. Autre souci : presque chaque chapitre se termine comme une page de tintin, et fabrique un suspens artificiel digne d’un roman feuilleton. Autant dire que ça commence mal.

    Mais il y a bien pire. Jean Mabire, qui ne cesse de se dire historien, et de critiquer les illuminés qui disent que le Bouddha parle de l’Atlantide, n’a pas le début d’une once de méthode historique. Son œuvre est pleine de parti pris, de postulats, de raccourcis. Il relie le succès de Gobineau en Allemagne avec l’essor des sciences historiques, qui est bien antérieur (on le fait remonter habituellement à Friedrich August Wolf, mort en 1824, quand Gobineau avait 8 ans…), et n’a donc aucun rapport avec cet écrivain. Il situe avec autorité le foyer originel des Indo-Européens en Scandinavie, ce qui est loin d’aller de soi. Il balaye d’un revers de main l’idée de romantisme français, car dit-il, Victor Hugo sonne faux et Musset papillonne dans les salons, pour exalter ce grand niais de Bernardin de saint Pierre. Oui, cet auteur dont l’héroïne, Virginie, est une bigote catholique ridicule qui crève en voulant nager toute habillée, parce qu’à l’instar de nos burkini-girls, elle ne veut pas montrer ses cuisses. Si c’est là le fameux « retour à Thulé », je n’en serai pas, je le crains.

    Le point commun de toutes ces démonstrations plus ou moins bien étayées : une germanophilie sans doute un peu trop passionnée, et un parti pris anti-français regrettable. Ainsi qu’un intérêt prononcé pour l’antiquité auquel, hélas, il manque la culture antique. Etonnant, surtout de la part d’un bibliomane.

    On entend ainsi parler du « césarisme à l’orientale » de Napoléon. Je ne savais pas que César avait puisé ses modèles politiques en Orient. Quant aux Grecs (dont la civilisation, pour Jean Mabire, semble se résumer à l’expédition de Pythéas et à Sparte), on leur reproche leur « gout de l’égalité », comme si l’isonomie, à savoir l’égalité devant la loi, à laquelle étaient attachés les contemporains de Périclès, avait un quelconque rapport avec l’égalité prônée par la gauche actuelle. Si c’était le cas, d’ailleurs, on se demande bien comment Nietzsche, grand contempteur de l’égalitarisme, aurait vu dans la Grèce antique l’une de ses sources d’inspiration majeures.

    On apprend en outre que l’essentiel des philosophes européens sont Allemands. Platon, Aristote, Plotin et bien d’autres auraient été ravis de l’apprendre. Mais passons.

    Notre auteur a encore un autre défaut : celui de ne retenir, chez tel ou tel personnage, que ce qui arrange sa démonstration. Il nous fait ainsi l’apologie d’Henri de Boulainvilliers, écrivain et astrologue, qui renoue, par ses considérations sur la race et sa croyance au fatalisme, avec l’esprit nordique. Je ne savais pas les Scandinaves anciens férus d’astrologie, cette pseudo-science si typiquement orientale…

    Parlons aussi du fameux Sebottendorf, astrologue également, mais aussi aventurier et activiste politique, qui est le héros du livre. Le bonhomme, présenté comme l’un de ceux qui, au XXème siècle, renoue avec la tradition indo-européenne, a combattu dans l’armée turque lors de la guerre des Balkans, soit contre les Grecs, les Serbes et les Bulgares. Contre des Européens, donc, qui cherchaient à se libérer de la domination ottomane. J’adore, vraiment. Avouons que pour quiconque se prétend européen, il y a de quoi voir rouge. Mais comme cela n’arrange pas la démonstration du livre, ce n’est mentionné qu’en passant, pour donner au « baron » (en réalité de famille ouvrière) un alibi militaire bien pratique, censé, j’imagine, le dédouaner de sa passivité pendant la première guerre mondiale… Pendant la seconde, devenu consul dans sa chère Turquie, il ne sera connu que pour fournir aux services secrets allemands des histoires à dormir debout. Mais comme cela ne grandit pas le personnage, notre historien oublie d’en parler.

    A vrai dire, tout cela est navrant. Jean Mabire pourrait écrire très bien, s’il ne versait pas dans le lyrisme permanent et dans le suspens facile. Il pourrait être passionnant, s’il traitait vraiment le sujet qu’il aborde, au lieu de le survoler en ne retenant que ce qui l’arrange. Il gagnerait beaucoup aussi à ne pas réduire l’Europe au monde germano-scandinave et à ne pas reprendre les préjugés antiromains et antifrançais de la frange la plus bête des germanisants des années trente (que Hitler lui-même raillait d’ailleurs à longueur de temps, car il adorait l’empire romain, et se voyait bien davantage héritier des Grecs que des Germains, soit dit en passant)

    Dernière chose, quitte à me faire des amis : ce livre m’a rappelé ceux de Christopher Gérard, autre écrivain païen de droite et accessoirement lecteur de Jean Mabire, que je devrais logiquement apprécier, mais qu’au final je ne parviens pas à aimer. Même gout un peu outré du beau style, même genre de grandes formules censées tout résoudre, même tendance à se répéter encore et encore, même érudition ostentatoire et creuse. Faire l’éloge de l’empereur Julien, dernier grand empereur de Rome, qui a tenté de s’opposer au double raz-de-marée de l’Eglise et des barbares, c’est très bien. Encore faut-il avoir des choses à dire, et ne pas répéter toujours le même paragraphe de livre en livre. Je connais un ancien facteur qui pourrait parler de cet empereur des heures durant. Il est fâcheux de voir l’auteur d’une dizaine de livres, agrégé de lettres classiques, ne pas savoir en faire autant. Jean Mabire a le même souci : il aligne les noms, sans jamais savoir en dire grand-chose. Il brasse très large, mais ses références lui glissent comme du sable entre les doigts. Au final, il ne reste rien, à part de la politique.

    C’est, au fond, tout le problème de la droite identitaire actuelle : elle adore l’histoire, mais ne la connait que de manière superficielle. Catholique, elle exalte un baptême de Clovis dont l’historicité reste à prouver, et ce taliban de saint Martin, qui a passé sa vie à démolir le patrimoine architectural gallo-romain. Païenne, elle idolâtre Sparte et les Vikings, en ignorant superbement à peu près tout le reste. Si par miracle on lit Homère ou Plutarque, c’est en traduction. Et surtout, surtout, c’est pour en retenir, comme le camp d’en face, des leçons apprises à l’avance. Résultat : une antiquité, au pire fantasmée, au mieux de seconde main. Une caution, non une source d’inspiration réelle. On exalte les Thermopyles pour en tirer une leçon de patriotisme, comme un gauchiste appellerait à son secours les Gracques pour justifier son envie de s’emparer des sous du voisin. Cette antiquité de façade et de propagande ne m’intéresse pas. Non pas certes que je me refuse à tirer des leçons politiques ou morales de l’histoire. Mais une certaine finesse ne serait pas de refus.

    Machiavel, auquel la droite inculte de Valeurs Actuelles compare Macron, me parait un très bon exemple de ce que peut donner une analyse du présent à la lumière du passé. C’est que Machiavel, à la différence des grands esprits actuels, lisait vraiment les auteurs anciens, et n’y cherchait pas la confirmation d’opinion préétablies. Il adore Tite-Live, mais n’hésite pas à le contredire. Et ses critiques viennent d’une réflexion authentique, sans être cousues par le fil blanc d’une idéologie qui explique tout à l’avance.

    La droite identitaire actuelle fait tout le contraire : elle joue avec l’antiquité, elle s’en sert comme d’une référence illustre pour intimider les gauchistes, dont la connaissance historique est, il est vrai, très limitée quand on remonte au-delà de 1789. Mais au fond, les gens comme Alain de Benoist sont plus à l’aise avec Ernst Jünger ou René Guénon qu’avec Plutarque ou Xénophon.  Ils connaissent mieux la Révolution conservatrice allemande que l’aristotélisme ou le platonisme. Ils consacrent, comme Jean Mabire, plus de pages à Rudolf von Sebottendorf qu’à Pythéas de Marseille. C’est, ma foi, un véritable cas d’école montrant le fossé qu’il peut y avoir entre la culture revendiquée et la culture réelle. Un peu comme un homme qui se dirait wagnérien, mais n’écouterait que du Mozart. Ce n’est, en fait, que l’équivalent païen du catholique moyen, qui se réclame des Evangiles, mais lit plus volontiers des auteurs contemporains que saint Jean ou saint Luc…

    Poussé à l’extrême, cela donne les « Identitaires » qui n’ont que Poitiers, Lépante et les Thermopyles à la bouche. La lutte entre Occident et Orient est certes une réalité de l’histoire. Mais schématisée, simplifiée, romancée à ce point, elle n’est plus qu’un jouet politique, si grossier qu’il ridiculise ceux qui y font référence. Ces mecs qui arborent le lambda d’une ville dont ils ne connaissent à peu près rien pour justifier leur rejet de l’immigration tendent la perche à leurs adversaires. Leurs coups de com ne changent rien, et ne font que donner l’occasion à BFMTV de s’inquiéter de la montée des extrêmes. On est là dans l’agitation bête et méchante. Une véritable réaction nationale n’a pas ce côté provocateur et groupusculaire : elle s’impose comme une évidence.

    Tout comme les gesticulations des Identitaires, l’aboutissement du « retour à Thulé » parle de lui-même. Avec Sebottendorf, qui en est l’étendard, cela n’a abouti qu’à combattre pour l’armée turque contre les Grecs, à mener des complots de conventicule, et à fonder une sorte de franc maçonnerie de droite groupusculaire, qui n’est connue que parce qu’une de ses branches a cofondé le DAP, devenu ensuite NSDAP. Ce qui a poussé pas mal d’illuminés à échafauder des théories folles, et à prêter à ce brave « baron » une importance démesurée. Croire qu’Hitler doit, ne serait-ce qu’en partie, son essor à la société Thulé tient du délire, car un pareil animal politique aurait percé d’une façon ou d’une autre dans l’un des innombrables groupes d’extrême droite qui fleurissaient à l’époque, à cause de la défaite de 1918 et de l’agitation communiste qui menaçait toute l’Europe. Notons d’ailleurs que l’essor du DAP ne doit rien à Sebottendorf, qu’il ne comptait qu’une cinquantaine de membres lorsque Hitler y a adhéré, et que ce sont les talents d’orateur de ce dernier qui ont seuls donné vie à ce parti, qui végétait jusqu’alors.

    Mais tout cela ne désarçonne aucunement nos « hyperboréens », dont certains, après-guerre, semblent avoir des leçons à donner, notamment sur la conduite de la seconde guerre mondiale. Il n’aurait, parait-il, pas fallu s’allier à l’Italie, ce qui aurait, dans la pensée stratégique simpliste des amis de l’auteur, épargné à l’Axe l’aventure africaine de Rommel. Comme si l’Allemagne pouvait se permettre d’ignorer le sud (qui il est vrai, n’a pas les faveurs de Jean Mabire), et cette Méditerranée (décidément trop peu hyperboréenne) sur laquelle régnait l’Angleterre. Il ne vient pas une seconde à l’idée de ces grands stratèges qu’avec une Italie neutre, voire basculant du coté allié comme en 14-18, c’était la catastrophe assurée. L’Italie ne s’est certes pas distinguée, mais sans sa flotte, sans ses bases aériennes, les anglo-américains auraient eu quartier libre pour attaquer dès 1942 le flanc sud de l’axe. Et pour acheminer troupes, pétrole et matériel en quantité astronomique sans problème. Même un gamin de 15 ans qui joue aux wargames pourrait s’en rendre compte.

    Bref, pour qui s’intéresse aux Indo-Européens, à l’entre-deux-guerres ou au mysticisme national-socialiste, il y a largement mieux, à commencer par les encyclopédies en ligne, qui proposent sur ces sujets des textes bien plus solides et consistants. Plus qu’à un livre d’histoire, on a ici affaire à une sorte de patchwork mêlant des théories fumeuses, des biographies succinctes, des raccourcis et parti-pris en tout genre et une insupportable grandiloquence. Qu’une bouillie pareille soit un des livres de référence de la droite néopaïenne actuelle en France est à la fois surprenant et révélateur. A force de lire des bêtises pareilles, le chef de file de la nouvelle droite, Alain de Benoist, grand ami de Jean Mabire, en vient d’ailleurs à voter Mélanchon. Le fameux retour à Thulé, j’imagine.

  • Eschyle à la Sorbonne: exemple d'une pitrerie universitaire au 21ème siècle

    La bêtise a cela de prodigieux qu’elle se renouvelle sans cesse et nous surprend toujours. Dernier exemple en date : un spécialiste du théâtre grec n’a rien trouvé de mieux, pour une représentation à la Sorbonne, que de grimer ses actrices en noir. Parait que c’est pour coller au texte et ne pas faire comme ce benêt de Waterhouse (que les féministes anglais trouvent d’ailleurs sexiste, parce qu’il peignait des femmes). Résultat de cette pitrerie : les associations antiracistes hurlent au blackface (et pour une fois, j’en tombe des nues moi-même, je trouve qu’ils n’ont pas tout à fait tort), tandis que leurs sympathisants accusent carrément Eschyle, qu’ils n’ont jamais lu, de « négrophobie » et ont, dans un élan digne des plus belles heures staliniennes, empêché la pièce de se tenir. Pendant ce temps, la droite réac, dans une réaction pavlovienne totalement stupide, défend ce prof gauchiste et lance des appels stridents à défendre notre « patrimoine plurimillénaire ». Pas sûr que les acteurs de la Grèce antique se soient jamais barbouillé la tronche ainsi, mais passons. Le ministère de la culture, défenseur en son temps du sapin de Noël progressiste de la place Vendôme, fait bloc, et défend la liberté de création. C’est fort bien, mais le problème n’est pas là.

    Franchement, il suffit d’ouvrir les yeux deux secondes pour voir le ridicule et la maladresse de cette mise en scène, surtout dans le contexte actuel. Être « grand spécialiste du théâtre antique » déconnecte-t-il du réel à ce point ? Pour ma part, quoique féru de littérature antique, je me moque un peu de la couleur des Danaïdes. Mais si le metteur en scène, voulant « montrer l’importance de l’Afrique » dans la civilisation grecque, veut des Danaïdes de couleur, pourquoi diable n’a-t-il pas été chercher des actrices de couleur ? Pourquoi ce grimage aberrant, qui, à vrai dire, évoque plus Tintin au Congo que l’antiquité grecque ?

    Mais évidemment, impossible, dans cette société d’hystériques, d'avoir un avis un tant soit peu pondéré. Il faut soit vouer aux gémonies Eschyle lui-même, qui n’a pourtant rien à voir avec les fantaisies des metteurs en scène actuels, soit défendre mordicus ce spectacle grotesque, sous prétexte que l’auteur est professeur d’université. C'est d'autant plus cocasse que 99/100 des journaleux et polémistes qui abordent ce sujet ignoraient probablement l'existence cette pièce, voire d'Eschyle lui-même avant que cette affaire n'éclate.

    En fait, et c’est assez drôle, M. Brunet s’est fait prendre à son propre jeu. Son hommage à l’influence, toute relative, de la culture africaine sur le théâtre grec, ne plait pas aux intéressés. Ni aux gauchistes, qui dans la foulée se mettent à rechercher tout ce qui pourrait avoir l’air raciste chez Eschyle, Euripide et cie, histoire d’avoir un bon prétexte pour jeter toute notre culture à la poubelle. Bref, au lieu de faire connaître Eschyle et son œuvre, notre sorbonnard d’élite n’aura réussi qu’à provoquer une des plus absurdes polémiques de ces dernières années. Bien joué, professeur !

  • L'anglomanie, une connerie bien française

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    De nos jours, tout Français digne de ce nom parle couramment l’anglais. Du préado qui joue à Fortnite en crachant 15 mots anglais à la minute pour faire « pro gamer » au président de la république qui se ridiculise en voulant à tout prix parler anglais, quitte à faire des erreurs d’élève de quatrième. Tout colonisé aime baragouiner la langue de ses maitres, après tout. Même les universitaires s’y mettent, et l’on ne conçoit plus de doctorat sans quelques conférences bien senties et inaudibles dans la lingua franca d’outre-Atlantique.

    Voilà à quoi en sont réduits les Français : bafouiller un sabir, en signe d’obéissance à leurs chefs, alors même qu’ils perdent la maitrise de leur langue maternelle (les deux vont souvent de pair). On voit ainsi des gens, parfois surdiplômés, qui ne maitrisent plus que sommairement la syntaxe et l’orthographe de leur langue, mais truffent leurs phrases de mot en -ing, pour faire les malins.

    Osez leur faire remarquer le ridicule de l’affaire, ils vous répondront avec condescendance qu’il n’existe pas de mot français équivalent. Que rien ne peut rendre la richesse et la densité intellectuelle inouïe du mot meeting, par exemple. Qu’il n’existe pas de traduction pouvant rendre toutes les nuances de sens de tel ou tel mot anglais. Ce genre de raisonnement peut valoir pour le vocabulaire intellectuel et civilisationnel de toutes les langues du monde. Quand le français traduit par « fidélité », « foi » ou « confiance » le mot latin fides, il ne rend que très partiellement la richesse de ce mot, qui s’enracine dans la pensée et la civilisation latine. Pourtant, nos grands intellectuels cosmopolites ne truffent pas leur prose de mots latins, pas plus que de mots italiens, grecs, allemands ou espagnols. Non, seul l’anglais a leurs faveurs, allez savoir pourquoi.

    Ce qui se cache derrière ces niaiseries, c’est évidemment l’influence anglo-américaine. Nos compatriotes, du pilier de bistrot jusqu’au premier ministre, sont fascinés, hypnotisés, embobinés par l’Amérique. Bercés de cinoche hollywoodien, de musique tam-tam et de thèses sociologico-féministes harvardiennes à longueur d’année, ils sont tous persuadés intimement que les USA ont de grandes leçons à nous donner. Que tout ce qu’ils font, ils le font mieux que nous. Qu’au fond, leur culture est supérieure à la nôtre. Un exemple tout simple : pourquoi est-il plus chouette de s’appeler Cindy ou Britney que Geneviève, Bérangère ou Eugénie ? Pourquoi est-ce plus joli ? Parce que ce sont les prénoms de la puissance dominante. Pour quiconque creuse cinq minutes, il va de soi que l’on a d’un côté des prénoms de starlettes, sans saveur et sans résonnance, souvent des diminutifs modernes taillés à la tronçonneuse, de l’autre des prénoms anciens, plein de sens et d’histoire. Mais allez expliquer ça au crétin de base. Allez l’expliquer à nos « élites », qui tremblent dès qu’on fait référence aux traditions, aux racines, à l’histoire ancienne.

    Au fait, pour la route, essayez de recommander un livre ou un site internet anglophone autour de vous. Vous verrez les gens rouler des yeux, fuir la conversation, essayer de trouver une échappatoire. Parce qu’en pratique, les trois quarts de nos anglophiles forcenés n’entravent pas un mot d’anglais. Ça aurait pu faire une bonne pièce de Molière, quand j’y pense.

  • Bikini interdit !

    miss musulmane

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Entendons-nous bien : je me fous des concours de miss comme de mes premières chemises. J’aime les fausses minces, là il n’y en a que des vraies, et du genre basketteuse. Mais vu que la connerie féministe s’en mêle, je ne vais pas me priver, les petits plaisirs de la vie ne se refusent pas.

    Résumons : face à la prise de conscience collective consécutive aux méfaits d’un gros porc qui saute sur tout ce qui bouge depuis 40 ans au festival de Cannes et ailleurs, les candidates au titre de miss USA ne défileront plus en bikini, respect des femmes oblige. Désormais, les candidates ne seront plus jugées sur le physique, la personnalité avant tout !

    Cette conversion soudaine à la vie de l’esprit est remarquable. Un bémol néanmoins : s’il s’agit d’un concours de personnalité, pourquoi n’inviter que des filles jeunes, mesurant 1m 75 ? Si l’intelligence est primordiale, qu’attend-on pour faire défiler à ce concours des prix Nobel et des directrices de recherche ?

    On nage, comme d’habitude, dans l’hypocrisie la plus totale. Cette société expose des nanas à poil à tous les coins de rue depuis 50 ou 60 ans, et à présent que les effets s’en font sentir (frotteurs, porno généralisé à l’école…), elle veut jouer les cul bénis. Les femmes doivent pouvoir s’habiller comme elles veulent, sortir en mini-jupe, bourrées, à 2 heures du mat, sans qu’il ne leur arrive rien. Mais pour un concours de beauté, là attention, faudrait pas qu’on voit trop les fesses ou le nombril ! On frise le dédoublement de personnalité.

    Soit dit en passant, le concours de miss rêvé par la gauche existe déjà. Il s’agit de « miss musulmane », concours admirable créé en 2013 en réaction contre la débauche et l’immoralité occidentales. Au programme, récitation du Coran, tests de compréhension des valeurs islamiques et autres joyeusetés. Pas de femme-objet, pas de bikini. A noter cependant que les miss grenouilles de bénitier ne font pas consensus, les plus pieux y voyant un « concours de prostituées ». Décidément, on n’est jamais assez progressiste.