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  • Eschyle à la Sorbonne: exemple d'une pitrerie universitaire au 21ème siècle

    La bêtise a cela de prodigieux qu’elle se renouvelle sans cesse et nous surprend toujours. Dernier exemple en date : un spécialiste du théâtre grec n’a rien trouvé de mieux, pour une représentation à la Sorbonne, que de grimer ses actrices en noir. Parait que c’est pour coller au texte et ne pas faire comme ce benêt de Waterhouse (que les féministes anglais trouvent d’ailleurs sexiste, parce qu’il peignait des femmes). Résultat de cette pitrerie : les associations antiracistes hurlent au blackface (et pour une fois, j’en tombe des nues moi-même, je trouve qu’ils n’ont pas tout à fait tort), tandis que leurs sympathisants accusent carrément Eschyle, qu’ils n’ont jamais lu, de « négrophobie » et ont, dans un élan digne des plus belles heures staliniennes, empêché la pièce de se tenir. Pendant ce temps, la droite réac, dans une réaction pavlovienne totalement stupide, défend ce prof gauchiste et lance des appels stridents à défendre notre « patrimoine plurimillénaire ». Pas sûr que les acteurs de la Grèce antique se soient jamais barbouillé la tronche ainsi, mais passons. Le ministère de la culture, défenseur en son temps du sapin de Noël progressiste de la place Vendôme, fait bloc, et défend la liberté de création. C’est fort bien, mais le problème n’est pas là.

    Franchement, il suffit d’ouvrir les yeux deux secondes pour voir le ridicule et la maladresse de cette mise en scène, surtout dans le contexte actuel. Être « grand spécialiste du théâtre antique » déconnecte-t-il du réel à ce point ? Pour ma part, quoique féru de littérature antique, je me moque un peu de la couleur des Danaïdes. Mais si le metteur en scène, voulant « montrer l’importance de l’Afrique » dans la civilisation grecque, veut des Danaïdes de couleur, pourquoi diable n’a-t-il pas été chercher des actrices de couleur ? Pourquoi ce grimage aberrant, qui, à vrai dire, évoque plus Tintin au Congo que l’antiquité grecque ?

    Mais évidemment, impossible, dans cette société d’hystériques, d'avoir un avis un tant soit peu pondéré. Il faut soit vouer aux gémonies Eschyle lui-même, qui n’a pourtant rien à voir avec les fantaisies des metteurs en scène actuels, soit défendre mordicus ce spectacle grotesque, sous prétexte que l’auteur est professeur d’université. C'est d'autant plus cocasse que 99/100 des journaleux et polémistes qui abordent ce sujet ignoraient probablement l'existence cette pièce, voire d'Eschyle lui-même avant que cette affaire n'éclate.

    En fait, et c’est assez drôle, M. Brunet s’est fait prendre à son propre jeu. Son hommage à l’influence, toute relative, de la culture africaine sur le théâtre grec, ne plait pas aux intéressés. Ni aux gauchistes, qui dans la foulée se mettent à rechercher tout ce qui pourrait avoir l’air raciste chez Eschyle, Euripide et cie, histoire d’avoir un bon prétexte pour jeter toute notre culture à la poubelle. Bref, au lieu de faire connaître Eschyle et son œuvre, notre sorbonnard d’élite n’aura réussi qu’à provoquer une des plus absurdes polémiques de ces dernières années. Bien joué, professeur !